Lettres pour le monde sauvage de Wallace Stegner

La Librairie Greenwich vous recommande Lettres pour le monde sauvage de Wallace Stegner
(Traduit de l’américain par Anatole Pons).

lettres-pour-le-monde-sauvage-wallace-stegner« J’entends que ma production reste aussi proche que possible de la terre et de l’expérience humaine. » Wallace Stegner dans son avant-propos au recueil de nouvelles Le goût sucré des pommes sauvages (éditions Points). Les textes publiés ici, rédigés sur plus de 40 ans, mêlent à parts égales souvenirs et réflexions et illustrent brillamment ce qui fut un credo littéraire : la nature et l’homme.
Le parfum d’un arbrisseau aux fleurs jaunes, la baie d’argent, suffit pour faire renaître la jeunesse entière de Stegner. Son enfance à Whitemud, « amas de cabanes » dans la Saskatchewan quasi sauvage des années 1910 (La quadrature du cercle), son adolescence à Salt Lake, Utah, l’université et les premiers succès littéraires (Une enfance de migrants).

En réalité, son père, « un risque-tout », contraignait sa famille à voyager d’états en états de l’ouest américain, faisant d’eux un petit groupe de déracinés. Wallace Stegner, « né sur la route », mais sédentaire dans l’âme, « qui n’apprend rien du mouvement », n’espérait pourtant que du temps pour entrer dans l’intimité d’un lieu, d’une communauté, pour y trouver sa place.
De cette enfance de nomade, il retiendra cependant un épisode significatif. Au cours d’un voyage dans les grandes plaines, il a 6 ans, il s’endormit sous un chariot avant de se réveiller en pleine nuit, perdu, paniqué, pour découvrir « … qu’un vent nocturne soufflait autour de moi. Il venait de lieux lointains, traversait un vaste espace dépeuplé, sous des millions d’étoiles brillantes. Et pourtant, sa caresse était douce, intime et rassurante, et ma panique s’évanouit sur le champ. Ce vent me connaissait. Je le connaissais. » Ce qu’il appela « un baptême dans l’espace, la nuit et le temps » (Les bienfaits du monde sauvage).

Ainsi, sans doute, devient-on un américain et un écrivain de l’Ouest. Et un de ses plus avisés, passionné et généreux défenseur. L’Ouest sauvage, qui a contribué à former le peuple américain et dont la conscience de l’existence, la simple idée, entretient « la santé spirituelle d’une nation » (Coda : Lettre pour le monde sauvage). Idée mystique pour les esprits pratiques, ou pour les cyniques aux dents longues, « comme tout ce qui ne peut être déplacé par un bulldozer ».

Curieusement, Wallace Stegner reste peu connu du grand public français. Tardivement traduit, chez Phébus en 1998, il représente pourtant à lui seul un pan entier de la littérature américaine, en tant qu’écrivain, mais aussi comme enseignant. Raymond Carver, Thomas McGuane, Edward Abbey, ou le merveilleux Ernst J. Gaines ont assisté à ses cours ; Jim Harrison ou Rick Bass aujourd’hui, le considèrent toujours comme un modèle indépassable.
Dans la lettre qui ouvre le livre, l’émouvante lettre à sa mère disparue (Lettre bien trop tard), Wallace Stegner ne démontre aucune compréhension sereine du monde à même d’être transmise. Tout au contraire, sa vie touchant à sa fin, il avoue une perplexité grandissante et « un besoin d’indulgence et d’amour inconditionnel ».

Humanité, clairvoyance, humilité, ces Lettres pour le monde sauvage, contiennent tout ce qui fait de Wallace Stegner un formidable écrivain.

Éditions Gallmeister, 2015, 22 €

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