Avec Giacometti d’Isaku Yanaihara

La Librairie Greenwich vous recommande Avec Giacometti d’Isaku Yanaihara
(Traduit du japonais par Véronique Perri)

avec-giacometti-isaku-yanaiharaC’est un 1956 que Yanahaira devint l’endurant modèle de Giacometti (un portrait, de face), et ce pour deux cent vingt-huit interminables séances qui s’échelonneront jusqu’en 1961. Et encore, cela aurait pu continuer sans fin tant l’impassibilité, toute relative, de ce visage oriental captivait l’artiste suisse, s’annonçait comme un défi.
Yanahaira est un jeune professeur de philosophie, par ailleurs directeur d’une revue au Japon. Giacometti paraissait particulièrement heureux de pouvoir confronter avec lui ses idées sur l’art, les rapports Orient/Occident, la modernité, etc. Et ils ne s’en privèrent pas tout au long des journées passées à l’atelier, à s’observer mutuellement en quelque sorte.

De là naquit une curieuse et profonde amitié et ce texte qui nous rapporte ce qu’était Giacometti au travail, sa quête épuisante d’absolu : « Un peu plus loin, sans fin. » Car si Giacometti passait par quelques rares moments d’enthousiasme : « Cette fois, je vois tout. », le plus souvent il plongeait dans des phases de profond désespoir. Ainsi cette journée de l’automne 56 qui laissa Giacometti prostré, mais qui éclaire une des premières phrases qu’il dît à son modèle : « Vous me terrorisez. »
Giacometti, c’est l’homme qui marche, l’homme en recherche, l’homme qui ne peut s’arrêter et achever une œuvre sous peine, écrit Yanaihara, de renoncer à toute progression artistique et à une liberté indéfiniment extensible ; quitte à devenir finalement le captif de cette liberté : « Pour avancer davantage il faut démolir tout ce qui est déjà peint. » Ainsi, au grand désappointement de Yanaihara son portrait, en bonne voie en début de séance, pouvait disparaître au fil des heures.

Si le livre fut longtemps interdit, c’est à cause de la liaison qu’entretint Yanaihara avec Annette Giacometti. Giacometti, magnanime, laissa faire en vertu de son respect absolu pour la liberté d’autrui. Et pendant ce temps là, son modèle restait à Paris… Dix-sept ans plus tard, Roland Dumas, l’avocat d’Annette, plaidera une atteinte à la vie privée et empêchera ainsi la publication. Jules mort, Jim devait revenir à la dure réalité.

Enfin, qui tient une grande place dans le livre, il y a le Paris des années cinquante. Ses brasseries, ses bistrots où Giacometti se reposait en parcourant la presse ; le faubourg ouvrier où se situait son atelier ; ses proches : Jean Genet, Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre, dont toute la capitale attendait le prochain article sur la situation en Hongrie. Autres temps. Autres mœurs.

Éditions Allia, 2014, 20 €

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